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Les représentants de la profession à l’Elysée

Psychiatrie : on se calme ... jusqu’à quand ??
lundi 12 janvier 2009

Nicolas Sarkozy a reçu pendant 45 minutes à l’Elysée, le 8 janvier, les représentants de la psychiatrie*, en présence de Raymond Soubie, son conseiller social, et de Roselyne Bachelot. Devant des psychiatres pour le moins « heurtés » par l’annonce d’un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques, le 2 décembre à Antony, par le chef de l’État, celui-ci a tenté de calmer les esprits. Sans « passer la marche arrière », il a pris le soin d’écouter. Pour le Dr Pierre Faraggi, responsable du Syndicat national des psychiatres des hôpitaux, qui se veut prudent quant aux lendemains de l’entrevue élyséenne, le président a montré « qu’il s’intéressait à la profession autrement qu’à travers des faits divers ».

LE QUOTIDIEN - Comment s’est déroulée la rencontre ??

Dr PIERRE FARAGGI - Nous avons eu droit à une longue disponibilité du président de la République, dans le cadre d’une réunion, à la fois conviviale et informelle, qui s’est déroulée de manière plutôt positive.

Quel message avez-vous fait passer ?

Nous sommes partis du discours d’Antony, le 2 décembre. Les propos du chef de l’État renvoyaient au seul problème sécuritaire, éclipsant l’essentiel de notre activité, à savoir l’ambulatoire et les hospitalisations libres. Les soins sous contrainte, parmi lesquels les hospitalisations d’office (HO), et plus particulièrement celles « posant problème » - qui constituent une toute petite fraction de notre travail - se trouvaient brutalement placés au cœur de la santé mentale. En écho à ce raccourci professionnel, nous nous sommes employés à souligner que la psychiatrie, victime de son succès, ne cesse de voir ses missions se multiplier et la demande des usagers progresser, tandis que nos moyens s’inscrivent toujours à la baisse.

Étiez-vous, tous, sur la même longueur d’onde ??

Chacun d’entre nous s’est exprimé dans l’esprit que je viens de souligner, sans manifester une quelconque dissonance.

En ce qui concerne le seul volet sécuritaire, largement nourri par les médias et une France « qui a peur », comment se situe la profession ?

Fin 2006-début 2007, nous nous étions entendus sur des dispositions sécuritaires, dans le cadre de discussions sur la réforme de la loi du 27 juin 1990 conduite par le ministère de la Santé. Il s’agit de soins sous contraintes ambulatoires, respectueux des droits de l’homme, du maintien du rôle de référent de l’autorité préfectorale pour les HO et du non-recours à un fichier national des personnes hospitalisées d’office. Nous appelions également à la judiciarisation des hospitalisations sous contrainte au nom du refus de l’arbitraire. Nous ne pourrions que nous réjouir de voir repris notre dispositif, nous l’avons dit à Nicolas Sarkozy.

Selon L’Elysée, l’échange« a permis de constater que les conditions étaient réunies pour faire naître une nouvelle ambition pour la santé mentale et pour ses professionnels ». Partagez-vous l’optimisme présidentiel ??

Nous étions dans la communication. Toutefois, nous ne saurions négliger la volonté du président de « reprendre les choses », d’aider à développer notre discipline et de répondre aux besoins des patients. Il a tenu à nous démontrer qu’il s’intéressait à la psychiatrie autrement qu’à travers des faits divers.

Il est vrai que nous ne nous sommes pas vraiment confrontés aux sujets qui fâchent, tels que l’alourdissement de la procédure d’hospitalisation d’office ou la géolocalisation des patients en ambulatoire, cette idée délirante ?! Nous n’avons pas pu aborder véritablement les conditions et les garanties de la spécificité psychiatrique. Il faudra le faire, pour savoir si il y a ou non ouverture. Attendons et nous verrons s’il existe un désir réel de réorganisation de la profession afin de mieux satisfaire les besoins des malades, ou si c’était une simple opération de séduction.

Dans une semaine, Édouard Couty remettra au ministère de la Santé le rapport de mission qui lui a été confiée sur la place de la psychiatrie dans la réforme hospitalière (projet de loi Patients, hôpital santé, territoires). Ce sera une première réponse. Nicolas Sarkozy nous demande, dans le même temps de continuer la réflexion sur le toilettage de la loi de 1990. Donc, rien, a priori, ne devrait être verrouillé. Et, toujours au chapitre de la communication, il nous propose une nouvelle visite, à organiser avec ses services, d’une structure de soin psychiatrique, pour les prochaines semaines.

Pour Roselyne Bachelot, « le président a voulu montrer son intérêt et son attachement à ce que sa politique pour la psychiatrie soit bien comprise dans sa globalité ». Qu’en pensez-vous ?

C’est à l’Elysée que tout se pilote. Nous avons fait le pari d’y aller

Avez-vous toujours peur de la« nuit sécuritaire » ?

Non. Il existe une part d’espoir. La profession a parlé d’une seule voix, ce qui l’autorise à imaginer qu’elle pourrait infléchir la position de l’État. Il y avait un peu de lumière à l’Elysée, c’est pourquoi nous sommes entrés, quitte à nous faire brûler les ailes. Ce serait un crève-cœur de voir toute la politique de secteur et d’intersecteur, mise en place à la fin des années 1970, tirée par un corbillard.

PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE ROY

* Étaient présents à l’Elysée : le Dr Yvan Halimi (conférence des présidents de CME des CHS), Claude Finkelstein (FNAPSY), Jean Canneva (UNAFAM), le Pr Frédéric Rouillon (centre hospitalier Sainte-Anne, Paris, médecin de Marina Petrella, ex-militante des Brigades Rouges, qui, à ce titre, s’est entretenu avec Nicolas Sarkozy pendant l’été 2008), le Dr Gérard Massé (président de la CME de Sainte-Anne), le Dr Norbert Skurnik (Syndicat des psychiatres), le Dr Alain Mercuel (chef de service SMES, Sainte-Anne), Roland Lubeigt (ADESM), Annick Perrin-Niquet (CEFI-PSY), Didier Bernus (FO Santé), le Dr Olivier Lehembre (Fédération française de psychiatrie), le Pr Jean-Louis Senon (CH Henri-Laborit, Poitiers), Édouard Couty (président de la commission nationale de réforme de la psychiatrie), le Dr Olivier Drevon (Union nationale des cliniques psychiatriques de France), le Dr Pierre Faraggi (Syndicat des psychiatres des hôpitaux).

LA PROFESSION A PARLÉ D’UNE SEULE VOIX



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