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"Il faut réformer le code pénal et ouvrir des lits psychiatriques »

dimanche 4 octobre 2009

vendredi 04.09.2009, 04:45 - La Voix du Nord
Jean-René Lecerf : « Rendez-vous compte, en vingt ans, on a fermé la moitié des lits psychiatriques. »

PH.

Depuis le début de l’année, 82 suicides ont été recensés officiellement dans les prisons françaises. Après avoir oeuvré sur la loi pénitentiaire, le sénateur UMP du Nord, Jean-René Lecerf, dirige actuellement un groupe de travail sur le thème de la responsabilité pénale des malades mentaux.

- Michèle Alliot-Marie a annoncé, la semaine dernière, des mesures (1) pour prévenir les suicides en prison. Les jugez-vous pertinentes ?

« Je pense qu’elles ne sont pas inintéressantes. Effectivement, si une personne suicidaire est repérée, le fait de mettre des draps et des pyjamas en papier peut être une proposition salutaire. Ce n’est pas inutile mais on aborde le problème par le petit bout de la lorgnette. On est dans une situation intolérable. On essaie de trouver des solutions parfois un peu gadgets. Mais ce sont des réponses de deuxième ordre. »


- Quelles sont les réponses de fond selon vous ?

« Deux réalités expliquent le nombre important de suicides dans les prisons françaises : le grand nombre de malades mentaux incarcérés et la surpopulation. La loi pénitentiaire, qui sera votée en septembre, est une solution à cette surpopulation. Elle va faire baisser le nombre de détention provisoire, qui sera remplacée, dès que ce sera possible, par une assignation à résidence avec un bracelet électronique. » - Vous aviez sollicité en octobre denier une mission sénatoriale sur la santé mentale en prison. Un enjeu majeur selon vous.

« Il y a toute une série de personnes pour qui la prison n’a aucun sens. On estime que 15 % des détenus sont dans ce cas. En France, un grand nombre de malades mentaux sont en prison. Et quand je dis malades mentaux, je ne parle pas de dépression mais de gens psychotiques ou paranoïaques.

Ces gens, il y a vingt ans, n’étaient pas condamnés par les cours d’assises, mais le code pénal a changé. On distingue désormais l’abolition et l’altération du discernement. Si on juge que le discernement est altéré, vous allez être considéré comme responsable et vous serez condamné encore plus durement qu’une autre personne. » - Pourquoi ?

« Parce ces gens-là font peur. J’ai des présidents de cours d’assises qui m’ont dit qu’ils expliquaient aux jurés, à propos de l’accusé : " Vous voyez cette personne, si vous décidez que son discernement est aboli, elle peut être dehors très rapidement et la société ne sera plus protégée." Ce n’est pas digne d’une démocratie mature. Ces mêmes présidents m’ont répondu qu’ils en étaient conscients mais que ce n’était pas de leur faute s’il manquait des lits psychiatriques en milieu fermé. Rendez-vous compte, en vingt ans, on a fermé la moitié de ces lits. » - Concrètement, quelle est la solution selon vous ?

« Notre groupe de travail va remettre un rapport d’information au président du Sénat en novembre. Il devrait servir à une initiative législative sénatoriale. Nous déposerons une proposition de loi qui visera probablement à réformer le code pénal et à rouvrir des lits psychiatriques en milieu fermé.

La distinction entre abolition et altération du discernement n’a pas de sens.

Pour les lits psychiatriques, je suis partisan d’un système dans lequel des établissements de santé accueilleraient indifféremment des malades mentaux dangereux ayant commis des crimes et d’autres, aussi dangereux, qui n’en ont pas commis.

C’est ce qui se fait en Belgique ou en Allemagne, des pays qui reconnaissent beaucoup mieux que nous l’irresponsabilité pénale. » •

GILLES CONTRAIRE

1. - La ministre de la Justice a notamment préconisé la généralisation des draps et pyjamas en papier. Elle a également suggéré d’en appeler aux détenus volontaires pour qu’ils signalent, en échange d’avantages, les détenus les plus vulnérables.


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