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Le non-lieu dans l’affaire du double meurtre de Pau souligne les carences de la psychiatrie

lundi 17 décembre 2007

Le Monde 16 12 2007

Romain Dupuy relève de l’hôpital psychiatrique et non de la prison. En confirmant, vendredi 14 décembre, le non-lieu dans l’affaire du double meurtre d’une infirmière et d’une aide-soignante, la cour d’appel de Pau a réintégré l’accusé dans un statut qu’il n’aurait pas dû quitter : celui de malade, qui nécessite des soins.
Son cas, comme celui de Luminita Solcan, meurtrière en 2005 de Frère Roger, prieur de la communauté de Taizé, qui a elle aussi bénéficié d’un non-lieu vendredi 14, met en lumière les carences de la psychiatrie. Ce n’est qu’après avoir commis son crime effroyable que Romain Dupuy a été réellement pris en charge dans l’unité pour malades difficiles (UMD) de Cadillac (Gironde), où il est actuellement hospitalisé. Le secteur psychiatrique, aujourd’hui, multiplie les défauts de soin et n’est plus en mesure d’assurer sa fonction asilaire d’autrefois.
Le passage à l’acte de Romain Dupuy a eu lieu dans les murs de l’institution qui était censée le soigner. Hospitalisé à trois reprises à Pau, en 2003 et 2004, le jeune homme était livré à lui-même depuis plusieurs mois, sans aucun suivi ambulatoire. Il ne prenait plus ses médicaments et se repliait chez lui avec des sabres et des couteaux. Sa mère a expliqué avoir appelé au secours plusieurs fois les psychiatres, en vain. Invariablement, on lui opposait la même réponse sur le manque de place à l’hôpital et l’impossibilité de prendre son fils tant qu’il n’était pas en crise.
Sous l’effet d’une politique de désinstitutionnalisation, le nombre de lits à l’hôpital public a presque été divisé par deux en vingt ans, passant de 75 951 en 1989 à 40 179 en 2005, sans que cette baisse ait été véritablement compensée par la création de structures alternatives.
BÂTIMENTS INSALUBRES
Depuis 2004, on estime que 800 postes de psychiatres sont vacants dans le secteur public, sur un effectif de 4 500 praticiens hospitaliers, créant, par endroits, de véritables déserts médicaux. Résultat, l’hôpital se concentre dorénavant sur le traitement de la crise : à peine stabilisés, les malades sont renvoyés à leurs familles, pour pouvoir accueillir tous ceux qui se pressent à ses portes. Les autres, ceux que l’institution gardait autrefois en son sein, sont condamnés à l’errance. Et, souvent, voués à la délinquance.
C’est ainsi que, lentement, la prison s’est substituée à l’hôpital psychiatrique, notamment par le flux constant des jugements en comparution immédiate. Selon une étude de 2004, 24 % des détenus souffrent de troubles psychotiques dont 8 % de schizophrénie. Impensable il y a encore une dizaine d’années, cette transformation du champ de la santé mentale ne semble plus faire débat. Au contraire, les rares places que les pouvoirs publics envisagent de créer en psychiatrie viennent conforter cette évolution.
Le programme de création d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), petites unités pénitentiaires bâties au sein des hôpitaux psychiatriques, devrait ainsi, d’ici à 2012, permettre l’hospitalisation de plus 700 détenus atteints de troubles psychiques.
La psychiatrie publique, elle, continue de panser ses plaies. Un plan santé mentale 2005-2008 a été décidé suite au drame de Pau. Il a certes permis la création de 1 433 postes d’infirmiers et de psychologues, et de 173 postes de médecins. Mais les crédits se sont surtout portés sur la rénovation des bâtiments hospitaliers, dont certains étaient devenus quasiment insalubres. Surtout, rien n’a été spécifiquement prévu pour augmenter la capacité d’accueil des malades les plus violents, et notamment les places en UMD, pourtant notoirement insuffisantes. D’autres drames du type de Pau sont à craindre si la psychiatrie reste dans l’incapacité de prendre en charge en toute sécurité ses malades les plus difficiles.

Cécile Prieur