Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) et son association scientifique La Société de l’Information Psychiatrique (SIP) ont procédé à une lecture très attentive du Rapport du Professeur Ménard concernant la prise en charge de la Maladie d’Alzheimer. S’il témoigne d’une volonté d’engagement à la hauteur du problème posé en terme de santé publique, le rapporteur et les groupes de travail n’ont manifestement pas pu mener à bien la rédaction équilibrée et consensuelle que demandait la construction d’un projet ambitieux pour le patient, sa famille et la société, dans des délais très courts.
Ce rapport fait en effet l’impasse complète sur la psychiatrie, une discipline pourtant très largement concernée par le diagnostic et le traitement de la Maladie d’Alzheimer : qu’elle fasse partie intégrante du corpus théorico-clinique de la psychiatrie n’est plus à démonter, c’est une évidence. Les structures psychiatriques accueillant ces patients sont nombreuses, qu’il s’agisse des consultations, des hôpitaux de jour dédiés à cette affection ou de l’hospitalisation temps-plein avec des unités de psychiatrie du sujet âgé présentes dans l’ensemble du territoire. De multiples équipes de psychiatrie générale mais surtout de psychiatrie du sujet âgé interviennent dans ce champ des pratiques. La maladie d’Alzheimer qui atteint la vie de relation relève ainsi tout autant de la psychiatrie que de la neurologie et de la gériatrie.
L’absence de toute référence à la psychiatrie compromet gravement la solidité et la crédibilité de cet édifice. Laissé en l’état, le rapport apparaitrait dès lors comme une véritable volonté hégémonique, aussi bien au niveau des conceptions que dans la prise en charge des patients. Cette éviction inouïe serait unique dans les annales des rapports diligentés par une Haute Autorité sur une pathologie.
Ce n’est pas d’une nouvelle exclusion mais d’une attention renforcée dont a besoin la psychiatrie, et nous réclamons face à cet immense problème de santé publique, la création d’un bureau ministériel spécialement affecté à la psychiatrie du sujet âgé, la réouverture du dossier du DESC de psychiatrie du sujet âgé, la création de postes de psychiatres, de psychologues et de neuropsychologues pour pouvoir répondre à nos missions. Des espaces de concertations incluant des psychiatres doivent être définis dans le cadre des CM2R et la labellisation des consultations mémoire.
Nous exigeons qu’une réunion soit rapidement organisée au Ministère de la Santé réunissant les représentants de la psychiatrie du sujet âgé et qu’une commission de psychiatres représentatifs des différents exercices soit rapidement désignée, en concertation avec le rapporteur. C’est toute l’architecture du rapport qui doit être réélaboré en réintroduisant la dimension psychiatrique, celle d’une clinique du sujet aux références à la fois humanises et scientifiques. Le rapport pourra alors véritablement répondre aux objectifs louables de concertation des professionnels et de respect de la dimension humaine dans la prise en charge des patients qu’il s’était fixés.